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LES DIABOLIQUES DU CAUSSE

« Sur des collines d’ordures, on voit la verdure fanée de la jusquiame,

   Et sa fleur striée au parfum malsain »    

 traduit de Georges Crabbe (1754-1832)

Elle fréquente les cimetières et les décombres. Elle est connue et utilisée depuis la plus haute antiquité comme un poison violent. Son nom d’origine grecque s’appelle « fève de porc » mais les minuscules graines devaient plutôt servir à les empoisonner qu’à les nourrir. Les graines de Jusquiame connues et utilisées des babyloniens, égyptiens et grecs, servaient aux oracles et divinations. Elle est mentionnée pour la première fois dans un papyrus datant de 1500 ans avant notre ère, et vers l’an 1000, un médecin et philosophe, Avicenne, décrit ses effets hallucinogènes. Les romains, avec raison, considéraient qu’elle rendait fou. La jusquiame est en effet un poison mortel dans toutes ses parties et en particulier les graines. Les gaulois, parait-il, l’utilisaient pour empoisonner la pointe de leurs armes.

La JUSQUIAME est un antispasmodique et un sédatif puissant du système nerveux. Utilisée comme telle par les "chirurgiens" du passé qui avaient coutume de tenir une éponge imbibée de jus de la plante sous le nez des patients qui allaient subir une opération. L'huile de jusquiame est préparée à partir des feuilles et s'emploie contre les maux d'oreilles et contre les rhumatismes. Mais la jusquiame reste un POISON VIOLENT qui pourtant fut employée par les brasseurs de bière, probablement pour la rendre plus enivrante (ordonnance d’interdiction dans une ville d’Allemagne datant de 1507). A la même époque les feuilles de jusquiame étaient fumées en place du tabac. L'inhalation de cette fumée servait également à soulager les maux de dents.

Assez rare sur le causse, c’est essentiellement aux abords des habitations que vous remarquerez la jusquiame noire, dangereuse et belle plante pouvant atteindre un mètre de haut.  Avec le datura, la belladonne et la mandragore, la jusquiame fait partie des plantes entrant dans la préparation des breuvages et pommades qui emmenaient  les sorcières du Moyen-Âge au sabbat. Un cocktail à ne pas essayer !

La tradition populaire affirme que la seule présence de jusquiame dans un lieu suffit à induire des antagonismes entre les personnes présentes. Une explication facile, mais pratique, à la rugosité paysanne ?

Autre plante magique, et caussenarde, dont le nom sans ambiguïté signifie « nourriture qui fait périr » : l’HELLEBORE (ou ellébore). Au contraire de la jusquiame qui rend fou, l’hellébore était réputée soigner les dérangements du cerveau. Côté magie, la poudre de sa racine rendait invisible. Plus près de nous la plante était utilisée par quelques écrivains et intellectuels pour « se tenir la tête libre et l’esprit dispos » comme le ferait une tasse de café. Anesthésique, cardiotonique et purgatif énergique, elle était utilisée en médecine humaine et l’est encore en médecine vétérinaire : par exemple pour le lavage des plaques de gale des ovins. Poison violent de nos jardins, l’espèce est représentée sur le causse par l’hellébore fétide ou pied de griffon. La plante reste verte en hiver et sa réputation de mauvaise odeur n'apparaît qu’à la manipulation et au froissement de ses feuilles.

 

Dans la fable «le lièvre et la tortue» La Fontaine parlait bien d'un grain d'hellébore pour soigner la tortue coupable de folie douce, mais le grain, est une mesure de poids, qui ne pèse guère que 0,0532 gramme. Il fallait être prudent !                                        

« Ma commère, il vous faut purger                                       

 Avec quatre grains d’ellébore » 

Une dernière plante est affublée de mauvaise réputation sur le causse et associée aux sorcières, peut-être parce que cet arbuste pousse volontiers aux abords des ruines. Le SUREAU NOIR est cependant apprécié des vacanciers pour ces fleurs blanches et baies noires utilisées en confitures, gelées, vins, liqueurs, sirops, pâtisseries et vinaigres.

Ces immenses ombelles de fleurs odorantes d'un blanc éclatant permettent au cueilleur de repérer les plants de sureau à de très grandes distances. Les fruits du sureau sont noirs et très petits mais ils sont si nombreux et si lourds que les branches penchent souvent vers le sol. Attention, le bois, les feuilles et les fruits verts sont un peu  toxiques. Le sureau noir peut atteindre 10 mètres de haut. Il pousse dans les terres riches. C'est un arbuste qui peut vivre jusque 100 ans. Toutes les parties de cette plante sont utilisées en  médecine populaire depuis plusieurs siècles ainsi que vétérinaire : localement en  fumigation pour soulager les brebis atteintes de mammite.

Le nom latin du sureau « Sambucus nigra » viendrait de "sambuké" qui désignait en Grèce une harpe triangulaire. Ce nom aurait, par extension, été appliqué aux flûtes tirées du sureau, puis au sureau lui-même. Le nom sambucus pourrait également dériver de sandix, « plante qui teinte en rouge » et en effet le sureau était parfois utilisé pour la coloration du vin, mais aussi la teinture des cheveux. Le nom de sambucus lui-même serait d'origine Syrienne. Quant au français sureau, il est dérivé de l'ancien français "seü ou seür", lui même dérivé du latin sabucus autre forme de sambucus.

Vous trouverez un sureau aux fruits rouges (Sambucus racemosa) dans les Cévennes, passé le col de la Barrière, en direction du massif du Linguas. Ne pas le confondre avec le sureau noir dont vous trouverez quelques recettes page suivante.

 

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